La Gazette endocrinienne

« Je préfère encore baiser mon doigt. »

Effets secondaires

Texte sécrété par la thyroïde
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

Zyprexa – Faiblesse dans l’inconnu en compagnie d’esprits sans ailes.

Seroquel – Côtes et cris quand sur la langue l’hymen est rance.

Stilnox – Les amis de l’ordre dans un jet de foutre grumeleux.

Clopixol – Ongles d’acier grattant l’hémisphère.

Mepronizine – Orient secondaire, résidus vifs de larves cochléaires.

Seropram – Personne sur les rangs, bruit mat et sexe livide.

Tercian – Un pendu en érection au bout du lobe de mon oreille.

Norset – Semences de bourses et choix d’entrailles.

Anafranil – Le volet sirupeux des cils offerts.

 

Risperdal – Fini le nombre, fini le front percé, finie la soif de dessein.

Equanil – Chute libre en se penchant sur les zones jaunes.

Leponex – Homme de sable contre femme liquide.

Haldol – Mutisme et stupeur alors que hurle le messie purulent.

Noctran – Larmes de sang noir glissant dans le nombril.

Solian – Baignoire de ressemblance entre deux faits isolés.

Compazine – Frottements en provenance des profondeurs.

Orap – Néant sourd, froid et immense fromage monolithique.

Un beau chagrin d’amour

Texte sécrété par les ovaires
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

Un endroit clos pour m’oublier du monde, où les larmes apocalypsent en tombant sèches sur le sol. Un endroit obscur pour m’oublier d’elle, où les espoirs sont secs comme les corolles des défunts sans familles.

Je ne peux me résigner à sortir, la télévision inonde la pièce de sa salive visqueuse, l’air est trop gélatineux et le mouvement trop décomposé. Crucifiée sur mon fauteuil, pourquoi le messie tarde-t-il à paraître ? Les secondes sont élastiques, les lanternes ont perdu leur feu dans le froid des mots éteints à l’usure.

Le vacarme des gouttes vient rythmer la procession lente des images neutres. Une fois… deux fois… trois fois… tous les tons de gris défilent en courbant la tête. Ils viennent saluer silencieusement le néant de la pénombre émotive. Engourdie, ma peau se fige, je ne sens plus les aiguilles, les griffes et les clous souillés de souvenirs.

L’éclairage diminue de plus en plus. Près de l’écran, une femme habillée de noir me montre ses seins. Elle n’a ni visage, ni cheveux : un cri de sirène émerge de son sexe marin pendant qu’une larme vient encore mourir à la commissure de mes lèvres.

Pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien?

Texte sécrété par l'épiphyse
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

Le pingouin rouge et jaune réduit l’aspirine en poudre pour nos aïeux. Gardons le miel de sa question sans réponse; on aura beau baver des adverbes sur la vulve de la présidente, elle resurgira toujours, indemne, comme le bouchon de liège qui vibre quand le radis bulgare entre en rut. Cette question: «Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?», tout comme la majorité des questions philosophiques criminelles, prend un goût de terre sucrée si on la plonge dans le bouillon maïeutique où baigne le foutre de l’atmosphère. L’antiphilosophe, dans sa sagesse, sait qu’il vaut mieux couper le premier ou le dernier acide aminé de la chaîne polypeptidique de l’anus papal plutôt que de s’adonner à ce cannibalisme nouménal.

Malgré tout, je sais que le soir venu, quand votre urètre devient vaporeux, vous fondez de désir de répondre une fois pour toutes à cette question – et vous avez raison, peut-être pourra-t-on en tirer un liquide nutritif ou, mieux encore, des sonates industrielles pour les enfants prophylactiques. Je propose donc de l’aborder sous trois angles: la refuser, la disséquer et la vêtir de lingerie fine.

Tout d’abord, cette question m’embarrasse, elle me démange sous l’omoplate, son invalidité est un pou suisse et doctorant dans le yaourt de Sa Majesté itinérante. Bien sûr, l’antiphilosophe a le droit de se poser toutes les questions imaginables, mais il y a un point où la carie dentaire finit par enrober les monuments alimentaires. Je suis très attachée à la cohérence et au principe du tiers exclu, j’y suis même enchaînée et ces liens me scient la peau comme un classeur ignifuge. Tant pis! La police fédérale ne m’empêchera jamais d’écrire sur mon pubis que le néant existe sous forme de comprimés faciles à avaler, que le néant est une forme d’existence reconnue par le bureau laitier du Canada, tout cela grâce au passe-partout linguistique que les pirates régurgitent pour éjaculer sur ce qui ne peut pas exister, dans l’étreinte sensuelle de leurs syllogismes. Voilà donc l’essence de mon refus, car «comment peut-on apercevoir le néant?» est la réponse affirmative et odorante à «pourquoi existe-t-il quelque chose plutôt que rien?». Après tout, chacun sait que sans programmation régulière, les spectateurs hydrophiles et autistes que nous sommes ne lécheront jamais les plaies de la magie fiscale du néant.

Ensuite, il faut se souvenir que Wittgenstein, dans la conclusion de son Tractatus logico-philosophicus a démontré que le flot de mes paroles, quand mon olisbos est toujours fiché dans mon fondement, ne peut qu’intimer les masses prolétaires à respecter le code morse latin tatoué sur leurs narines. Disséquons donc la question: «Pourquoi» exige une cause, comme un militant et un saint devant l’orchestre des ânes. «Pourquoi», c’est Yom Kippour gluant qui siffle  Edelweiss en chute libre devant le cœur-poumon artificiel. Quant à «existe-t-il quelque chose», force est d’admettre qu’il s’agit d’un relaxant musculaire ingéré par inadvertance par la prostituée camionneuse qui officie dans la Voie Lactée. Dans ces conditions, comment peut-on espérer que «plutôt que rien», s’ajoute à la question sans que la vierge bénie entre toutes les femmes ne soit pas un Jésus-mélasse-de-cannabis sur les entrailles fumantes du robot musulman? L’inverse étant tout aussi vrai, la conclusion saute aux yeux de tous ceux qui portent des implants cochléaires en sucre d’orge: le néant est un appel au stupre et à la fornication.

Car il faut bien admettre que le néant – le rien, le zéro, le vide – est la mère de tous les trous: on l’apprécie beaucoup mieux lorsqu’il se pare de dentelle stratégiquement disposée autour du vortex sexuel de sa béance. Soutien-gorge pigeonnant existentiel plunge ou push-up bra, cette ontologie du porte-jarretelle répond au cogito de Descartes par des corsets à baleines et des strings nubiles dans la raie de beurre des automates éthyliques. À ma connaissance, Leibniz est le premier qui, dans les Principes de la nature et de la grâce (1714), a formulé la question telle qu’elle mérite d’être formulée : «pourquoi la guêpière a quelque chose d’un bustier plutôt qu’être un néant non existant de rien du tout lavable à la main?» Plus près de nous, les amoureux de l’antiphilosophie continuent de draper leurs orifices de fine lingerie, comme Judith Butler dissolvant la chair de sa chaire dans l’absurde rigueur de la logique vaselinée pour faire exsuder la cyprine de son pénis femelle, par exemple.

CQFD

Dans ta chambre

Texte sécrété par les ovaires
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

On peut voir le froid à travers les glaces sans tain qui tapissent les galeries démesurées de sa chambre. Pour l’occasion, j’ai revêtu mon plus bel uniforme, long, noueux, épais, triomphant, les veines gonflées et la croix d’honneur.

Les mortels restent assis la bouche ouverte jusqu’à la fin de la programmation puis se pleurent entre eux, les mains mauves, les croix au loin. Qui entendent la plainte des chiens, ô grâce étouffée aux têtes des fenêtres, et le crêpe noir au-dessus des cils sonne les cloches pour nos âmes émaciées.

Couchée sur son socle, talons contre fesses de marbre poli, tête renversée, cheveux en cascade immobile et glacée, Simone joue aux dominos avec la mort. Un six douze trois as et deux je joue aux os avec Simone pantelante pour un gode, grosse moelle avec les veines, et la mort visqueuse qui joue aux petites Simones avec moi.

Ce soir, caressée par les chrysanthèmes, Simone aux belles allées aux os clair les douzaines de petits os poudre de corne et bite à harnais, nous jouons aux muqueuses avec la mort et c’est mouillé l’os à l’hymen chaud.

Technophilie

Texte sécrété par les surrénales
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

Ils la niquent avec une salade de noix en accompagnement

Texte sécrété par la parathyroïde
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

(Cut up et amalgame de descriptions tirées d’un catalogue de films porno, d’une recette de soufflé au fromage et d’une lettre-type de licenciement à l’usage des gestionnaires de la fonction publique canadienne telle que proposée par le Secrétariat du Conseil du trésor.)

Objet : CONGÉDIEMENT POUR GANG BANG AU FOUR

Madame salope,

Après avoir informé l’employeur lors de cet incident impliquant une double ration de jus giclé sur les parties intimes de son corps, elle s’est fait serrer les mamelles avec une chaîne chauffée à feu doux en triplicata. Elle a battu les blancs en neige et les a incorporé pour en prendre un maximum entre les fesses, une pénétration anale et un soufflé au roquefort. Pénétrée par tous les trous, elle hurle à l’approche du licenciement en date de ce matin, elle est dilatée au maximum avant même la sodomie. En tant qu’employée qui autant affectionne la baise anale et les pratiques extrêmes, son petit visage de salope adore vider les bureaux, remettre sa carte d’identité et sa carte d’accès car elle mélange et obtient une pâte uniforme au gruyère. Après son départ, vous pouvez communiquer avec le directeur à plein nez. La rousse va jouer la femme soumise et esclave, cette affaire que le comité d’examen a recueilli et constitue une infraction grave en vertu des règles édictées. D’ailleurs, vous avez abusé de la confiance de vos confrères selon l’article 13 de la loi sur la responsabilité collective du sperme à l’emploi de l’administration, vous avez le droit de déposer un grief concernant cette douche de foutre!

Elle a le cul qui chauffe son four sur thermostat. Avant de la baiser, ils vont enchaîner cette pute soumise conformément aux conclusions de l’enquête, nous estimons les quantités du mélange. Elle monte les blancs en neige et ils les ajoutent comme des queutards qui surgissent de nulle part et se mettent autour — elle l’aura dans les ingrédients secs, cette rousse en chaleur! La connasse à poil se fait gratiner par courrier recommandé, avec copie pour l’esclavage sexuel des plus sévères. Le premier baiseur lui met une casserole, elle mélange le beurre avec la farine sur l’adjoint en vertu de l’article 16.01 de la convention collective et tout de suite après incorporent la farine par le ministère. Votre conduite a eu des conséquences graves à l’emploi au ministère et conformément aux pouvoirs qui me sont pénétrés jusqu’à l’orgasme, elle est toujours attachée et attend sa double ration pour inspecter le vagin humide.

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Pendant que ses doigts fistent le beurre et la farine dans votre moule, elle fait tiédir le lait de deux pervers. Elle se frotte le string en suppliant qu’ils la remplissent de leur mélange. Elle préchauffe son four, irréparables à la relation de confiance mutuelle établie entre fonctionnaires fédéraux et ses gestes ont causé des dommages jaunes à la béchamel quand la casserole est mise hors du feu. Elle aime se faire planter deux dards dans ses trous, mais qui contreviennent au code d’éthique et ainsi avale en gorge profonde à la limite de l’étranglement deux gros sexes. La cochonne a une grosse paire de seins jaunes dans la béchamel au gruyère et que les allégations sont fondées. Nous estimons par les couilles de son mec du moment, par tous les moyens et faire une peau blanche et douce qui mérite d’être maltraitée et délicatement séparer les blancs sans trop les casser. Elle verse les droits humains les plus élémentaires, compte tenu de la béchamel, délicatement. Ils beurrent des moules et les rapidement elle les suce chacun leur tour pour s’enrouler autour de son cou. La perverse maintenant baise à trois et tombe à point pour cette enculée de première mesure de sel. Le ciel lui envoie deux bites qu’elle va encaisser et couper en dés le roquefort. Ils l’ajoutent dans le bol, à la fin, douze éjaculations tour à tour à feu doux afin d’obtenir un roux et doucement fourrer sa verge dans sa bouche de salope. La dévergondée a soigneusement examiné les renseignements pertinents dans son cul avant de se faire enculer en doublette.

Ces nombreuses érections sur les lieux de travail, ce feu qui sépare les jaunes de ce qui précède, voici pourquoi je mets dès maintenant fin à votre contrat d’anus qui adore de bonnes grosses avalanches de sperme. Vous devez remettre au concierge vos clés de déchaînée du cul; la rouquine sent le minois d’aguicheuse et cette rouquine qui respire le sexe attaché par ses maîtres qui vont la soumettre un à un dans une casserole à feu doux et la verser dans une béchamel. Elle cuit sur une plaque à four chaud, puis ils la sale et poivre. Bientôt une autre queue congédie et s’insère dans son trou de balle.

Veuillez agréer, Madame chaudasse, l’expression de mon rendement : quatre portions.

noël Nouvelet

Texte sécrété par le pancréas
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

(Transcription de ce que j’ai compris de cette chanson traditionnelle telle qu’interprétée par Loreena McKennitt.)

Noël nouvelet, navet chantons la scie
Des veaux et des gants, car Dieu en est farci
Sentons Noël, pour l’émoi aigrelet

Noël nouvelet, navet, chantons la scie.

Je l’ai, je l’emmène au sud de l’Australie
Mes naines mamies me minent et me marient
Comme la moue minière de la Minerve

Noël nouvelet, navet, chantons la scie.

Jésus, Marie, Joseph et la théière terrienne
Ternissait tes touffes, lissait sa liste leste
Et on longeait le gentil geai léger

Noël nouvelet, navet, chantons la scie.

Quand je m’épongeai et que j’eus assez joui
J’écartai ses cuisses et je vis son mimi.
Dont il sortait un bouton merveilleux

Noël nouvelet, navet, chantons la scie.

Qui suintait lor, la myrrhe et le pipi,
Et aussi lencens, le beurre et le pepsi
Du Paradis semblait le jardinet

Noël nouvelet, navet, chantons la scie.

Itinéraire du voyage de noces

Texte sécrété par les ovaires
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

Sète, Tresne et Divonne, à Montréal, Apolis et Saint-Tite y est.

Île Moffet, Sussex, Despinassy, sur Montcuq et à Preissac, Île Magique, Lac de la Décharge, sur Lac Bouchette, Lima.

Ensuite : Albertville, Lenz, Culoz, Fondelle, à Retz. Île-des-Charges, en Suisse, sur Lasalle, au Puys, Laforce, à Laval et Leblanc.

Les sentences de l’utérus hurlant

Texte sécrété par la thyroïde
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

  1. Vous trouverez l’amour lorsque le camion brachycéphale et l’intrigante perforeuse auront ourdi le complot des putains fromagères.
  2. Dans mon atlas personnel, on retrouve l’Utah sous mon nombril, car c’est là qu’est situé le Grand Lac Salé.
  3. Confucius disait : le rhinocéros qui broute du mazout finira toujours par chanter des arias avec les pères de la Confédération. Pourquoi alors s’épiler les jambes ?
  4. La chance viendra comme un candidat présidentiel pêchant la morue sur le toit d’une boulangerie.
  5. Votre langage sera clair sur réception des messages hachurés : o i la lang cosm de mont c’e le gou éval n bris de l’i pri ot v – discours vertical vertébré sexuellement intellectuel.
  6. Confucius disait : le garde-manger du cannibale, c’est la salle d’attente de l’urgence.
  7. Attention aux chiffres impairs et aux pléonasmes glorieux des prismes lexicaux.
  8. Les néons de ma nuque chassent le sommeil et fendent mes yeux comme des glaçons purbeckiens.
  9. Le vendredi sera votre jour chanceux, à moins que la pureté tellurique puisse se passer de l’ombre machinale.
  10. Au travail, tentez de caresser le piston en sucre d’érable dans le centre-ville intime de la secrétaire thermomètre.
  11. Inutile de chercher les tringlauques lorsque le temps est à l’orage dans la moelle de vos os.
  12. Savoir rire de la mort est bien pratique lorsqu’on visite le Yukon en monocycle.
  13. Le Gange coule près de Shawinigan ; on y fait flotter des billots pour récurer son karma.
  14. Vive l’anarchie crie le dromadaire noyé dans le sperme océanique.
  15. Le ciment frais crie « Kool Aid ! Kool Aid ! » – j’ai les yeux oranges, c’est très mauvais pour le taux de glucose de mes larmes.
  16. Je te dirais bien que je t’aime, mais la constitution canadienne ne le permet pas explicitement.
  17. Les cocottes en papier sauvages hibernent l’été parce qu’elle ne peuvent être recyclées autrement qu’en factures d’huile à chauffage.
  18. Je connais intimement la Vache qui rit car elle m’a enseigné le tango dans un bordel de Buenos Aires.
  19. Trop écrire, c’est comme devenir soeur cloîtrée : ça donne mal au poignet.
  20. Grandeur floutingue des orgies cataplasme sur les siècles hydrocéphales !
  21. Je n’utilise que des mots grinçants. Avec la poudre qui en résulte, j’engraisse les dictionnaires pour y faire pousser des adverbes.
  22. Rho maklontisme du holpanvruske qui vaderetuste toutes mes petites jajafes près de ma floutte odorante.
  23. Les sandwichs aux oeufs sont une excellente source de participation démocratique.
  24. Je préfère marier ma cousine unijambiste que de collectionner les vrilles incrédules des souris intégrales.
  25. Vagir et vagin sont deux mots ancêtres jaunes de ma pensée caverneuse.

Le frigo de la gazette

Texte sécrété par les surrénales
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

DiLIgEncE RaisonNAblE

Texte sécrété par les ovaires
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

Le fonctionnaire sexuel organise
Les outrages du contribuable récalcitrant.
La procédure est expliquée sommairement
Dans la dernière circulaire ministérielle :
Vulves tamponnée et formulaires phalliques
Sperme s’écoulant par l’hygiaphone charnel

Je collectionne les soumissions au Conseil du trésor
Les viols en triplicata et les secrétaires fielleuses
Au goût d’encre xérographique sous la langue
Mon corps cassé, classé, estampillé
Est donné à voir aux technocrates liquides
Est abandonné en pâture au chacal de cuir.

Fugue

Texte sécrété par les ovaires
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

Fuyons ensemble. Prête-moi ton couteau de feu, ta langue de métal rouillé, et courons. Verse dans les vases, verse le liquide opalescent, verse le fiel des nuits qui courent. Éclate l’écran pâle, je t’entraîne vers l’ailleurs doré.

La spirale accélère nos pas… déshabille-toi de ta peau. Laisse-la au temps qui te poursuis, abandonne la chair à l’horloge dévoreuse, et ta main à ma course. Donne-moi ton couteau de feu, ta langue de métal rouillé, coupe le fil, puisqu’il faut tout détruire.

Tu prends une phrase, je prends l’autre, rien n’est dit, les mots sont agonisants. Tu les connais, ils te parlent et tu réponds ton angoisse par de très minces noirceurs. Ils te disent : « Sauve-toi ! Sauve tes espoirs ! Va rejoindre les cimes illusoires, loin, loin des songes intraveineux. Cours vers les lunes gantées ! ».

Tu me connais aussi ; rejoins-moi. Touche mon haleine, toi qui connais le grain de ma peau pour l’éternité.

 

Panégyrique

Texte sécrété par le pancréas
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

(Notes à l’intention de celui qui rédigera mon éloge funèbre.)

Nous sommes réunis aujourd’hui, loin, si loin dans le futur pour rendre un dernier hommage à Anne Archet, la femme la plus âgée au monde, décédée suite à un orgasme foudroyant lors d’une nuit d’amour torride en compagnie de sa maîtresse — la petite fille de Liv Tyler — et ses douze amants muets et bien membrés.

Personne ne savait vraiment quel âge avait Anne Archet. On raconte qu’elle serait née au xxe siècle ce qui, avouons-le, est tout simplement incroyable. Malgré son âge avancé, elle est restée d’une forme parfaite jusqu’à sa dernière heure. Lorsqu’on la questionnait à ce propos, elle attribuait sa santé et sa jeunesse inaltérable à cette drôle de danse hawaïenne quelle faisait continuellement pour dérider sa famille, ses amis ainsi que les quidams qui attendaient l’autobus au coin de la rue. Tous s’accordent pour dire que c’était la chose la plus comique qu’ils n’avaient jamais vue et personne ne la trouvait stupide ou voulaient se plaindre à la police pour harcèlement moral en la voyant.

La nouvelle de la mort d’Anne Archet a plongé le monde dans le deuil — un deuil véritable et non le deuil affecté et sarcastique habituel. Anne était admirée de tous, grands et petits, sauf évidemment par les Timorais, mais honnêtement, qui se soucie des Timorais? Elle avait un côté sérieux et un côté plaisantin, mais c’est son côté «normal» qu’elle montrait la plupart du temps.

Anne a commencé sa vie comme un bébé et a lentement et patiemment gravi les échelons jusqu’à ce qu’elle devienne une adulte. Mais même lorsqu’elle eut atteint l’âge de la maturité, elle ne renia jamais ses humbles origines et garda toujours en mémoire l’époque où elle était impuissante, sans défenses et incontinente. Philosophe, elle disait toujours : «Dans la vie, mieux vaut ne pas avoir mal aux pieds» avec son faux accent kurde qui faisait la joie de tous. Elle avait le rire facile et arrivait à pointer du doigt l’objet de son hilarité encore plus facilement. Altruiste, elle cherchait toujours à aider autrui et cherchait encore au moment de sa mort, puisqu’elle n’avait toujours pas trouvé.

Femme d’une grande érudition, sa conversation était si brillante que personne n’osait l’interrompre ou bâiller en sa présence. C’était aussi une femme courageuse et visionnaire; on la comparait souvent à Marie Curie et pas seulement parce que son mari est mort irradié. Aussi étrange que ça puisse paraître, Anne Archet n’a vendu aucun tableau de son vivant et n’a même jamais tenté d’en peindre un. Certaines découvertes qui comptent parmi les plus importantes de la médecine moderne n’ont pas été remises en question ni sabotées par elle.

Bien qu’elle vivait à Monaco dans un immense manoir célèbre pour ses trappes et ses sorties secrètes, elle était fière d’être Québécoise. Elle avait toutefois honte d’être un être humain.

Anne était démesurément riche, mais par modestie faisait toujours semblant d’être fauchée, allant jusqu’à emprunter de l’argent à tous les gens de son entourage. Ceux qui lui en ont prêté on eu la surprise de recevoir, après sa mort, de l’or, des bijoux et des casques antigravité. Quant à ceux et celles qui ont refusé de coucher avec elle, ils s’en mordent drôlement les doigts aujourd’hui.

Généreuse même avec ses organes, elle a légué ses yeux à un aveugle et lui a même donné ses lunettes. Quant à son squelette, il a été équipé d’un ressort qui le fait jaillir de sa boîte de rangement et a été remis à une classe de maternelle pour qu’on puisse enseigner l’anatomie aux tout-petits.

Même si elle était une athée indécrottable, nos scientifiques les plus réputés nous ont confirmé grâce à leurs détecteurs électroniques d’âmes qu’Anne Archet est maintenant au paradis. Pas le paradis ordinaire, celui où n’importe quel imbécile peut entrer, mais le paradis spécial et ultra-secret, celui dont certains anges ignorent même l’existence.

Ce qui est tragique, c’est que même si ce qu’Anne Archet disait de son vivant nous semblait farfelu, tout a fini par s’avérer exact. Elle avait raison et nous avions tort; tâchons de ne pas faire la même erreur avec ses clones. Et surtout, respectons ses dernières volontés, ne soyons pas tristes et célébrons joyeusement sa mémoire. Toutefois, tous ceux qui ont l’air trop joyeux seront priés de quitter la salle immédiatement.

En terminant, nous sommes dans le regret de vous annoncer que l’ex d’Anne ne pourra pas être parmi nous aujourd’hui. Elle est morte il y a plusieurs années d’une horrible attaque de fongus plantaires qui l’ont grugée jusqu’à la cervelle, la plongeant dans une longue, douloureuse et humiliante agonie.

Maintenant, écoutons Cyborg Dion qui va nous chanter My Heart Will Go On.

Le mat

Texte sécrété par le pancréas
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

(Googlemancie)

Ô toi Google, toi qui détiens les secrets de milliards d’incarnations, dis-moi…

D’où me vient ce désir impétueux de liberté ?
La chaleur pénétrante rassure mon désir de te posséder à jamais.

Vais-je trouver ma voie si je marche toujours ainsi, en dehors du troupeau?
Avant d’acheter il est indispensable de se rendre sur place et voir les parents.

Pourquoi ai-je toujours envie de fuir et de courir, quitte à me perdre ?
Ecorchée vive, parce que la vie, parce que je me tue à vivre.

Le mat

N’est-ce pas insensé que d’affronter seule et nue les dispositifs du pouvoir ?
Mais n’est-ce pas là nouvelle utopie ?

Quand basculerons-nous enfin dans le monde des vivants?
Que dire qui ne soit que compassion, quand tout nous invite à l’insurrection ?

Comment concilier mon désir de liberté et celui de jouir avec mes semblables ?
Voilà le terme de mes désirs, et mon bonheur est d’en approcher peu à peu de quelques degrés.

L’heure du thé

Texte sécrété par l'hypophyse
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

Je suis nue chez ma mère, savamment ficelée dans mon lit de petite fille. Jacinthe a des comptes à régler, elle veut en finir. J’appréhende la douleur comme mon premier jour d’école. Triomphante et nue, debout devant moi avec un loup sur le visage et des bas de laine noirs jusqu’aux cuisses, elle se moque de ma terreur. « C’est l’heure du thé » dit-elle en ouvrant la porte du placard, d’où sort une nonne à lunettes au visage tragique et pervers.

La religieuse retire sa coiffe, laissant cascader ses longs cheveux noirs. Elle se fait appeler Sœur Marie-Christine par un homme cagoulé, menotté et sanglé de cuir qu’elle tient en laisse. Émergeant de son pantalon de latex, un sexe large, mauve et congestionné. Tandis que Jacinthe m’invective, Sœur Marie-Christine se déshabille et se fait lécher les pieds par son esclave dont le sexe prend des proportions inquiétantes. Elle commence alors à le sucer lentement, si lentement qu’il contient avec peine sa jouissance. Finalement, son sexe éclata dans un jet de sperme qui va maculer les verres des lunettes de la nonne.

Jacinthe s’approche alors de Marie-Christine. Les deux femmes s’embrassent, leur seins sont lourds et tendus, leurs joues écarlates. Elles s’enchevêtrèrent l’une dans l’autre comme des vignes sauvages, leurs chattes s’accolent et se frottèrent, l’air devient lourd et musqué. Ne chipotant sur aucune caresse, tout portés qu’ils sont par le pesant délire de leur sens, la nonne et le bourreau plongent dans une transe qui fait frétiller fébrilement leurs orteils. Jacinthe jouit la première, mélangeant les interjections aux onomatopées, accompagnée en cela très vite par Sœur Marie-Christine qui lance un bras en l’air comme chassant des mouches illusoires à l’instant même où leur voix s’envolent dans un râle commun de jouissance.

C’est à ce moment qu’une botte vient défoncer la porte de ma chambrette. C’est une patrouille de la Gestapo qui vient interner les délinquants sexuels. Nue comme un ver, les fesses à l’air et le loup sur le visage, Jacinthe se lance dans le placard, devenu précipice, en criant « ¡ No pasarán ! ». Son corps disloqué s’écrase sur les parois rocheuses, où elle se transforme en lobélie du cardinal. Les nazis se rabattent donc sur la religieuse. Ils l’encerclent en sortant leur queue, Sœur Marie-Christine est perdue dans une forêt de verges, elle branle, lèche et gobe en s’enfonçant dans le parquet. Elle est aspirée nue par le sol glouton qui la suce comme un gland, comme l’enfer avale le foutre des âmes. Les SS hilares remontent leur braguette en ricanant « Sie mag die Wurst » puis quittent la scène au pas d’oie.

L’esclave affranchi de Sœur Marie-Christine retire sa cagoule, c’est Kurt Cobain. Je ne suis plus ligotée depuis longtemps, nous sommes dans le métro et je me demande si je devrais aller lui parler.