roTie sur la grilLe

 
Je me nomme AA et je suis verbicruciste.
 
Je croise les mots depuis que je sais que les mots peuvent se croiser. Enfant, je dessinais des grilles pendant que mes petits camarades griffonnaient des soleils et des maisons. Mais c’est à la puberté que caresser la case devint pour moi une obsession. Je me réfugiais souvent dans les toilettes pendant des heures pour contempler des grilles à l’abri des regards. Ma mère, inquiète de cette sale manie, consulta un médecin qui prescrit des activités plus saines pour une fille de mon âge, comme l’application de vernis à ongles sur les doigts de pieds, la lecture de Filles d’aujourd’hui et la stimulation de l’entrejambe par la station assise sur les radiateurs. Hélas, c’était plus fort que moi. Je ne cessais de me cacher, dictionnaire à la main, pour me vautrer dans ma perversion verbicruciste.
 
Évidemment, ma vie sentimentale en a beaucoup souffert. Je fus systématiquement ostracisée par les jeunes de mon quartier, qui m’affublaient de sobriquets tous plus vils les uns que les autres : io, uri, if, lo, eesti et même oc. Je portais ainsi les stigmates d’une passion qu’on ne tolère qu’aux gardiens de nuit, fonctionnaires à la préretraite et autres usagers de salle d’attente d’hôpital.
 
Heureusement, je finis par rencontrer une jeune cruciverbiste qui me redonna le goût de vivre, moi qui en était arrivée à vouloir me pendre à ma propre potence (sans cases noires, évidemment). Je lui fis une cour assidue en lui dédiant des grilles passionnées, pleines de mots de douze lettres et de chevilles aux définitions folles. Depuis, nous formons un couple heureux, basé sur une saine complicité : je lui parle par énigmes et elle remplit les blancs.
 

Grille de mots croisés

 
Horizontalement
 
1. Religion de l’État moderne
2. Grande école – Fixant les droits
3. Professionnel des pellicules – Infinitif
4. Vieillit – Postmoderne
5. Textiles – S’il est d’honneur, il n’est pas serveur
6. Pronom – Rouge grâce à l’alcool
7. Heurtais la moralité publique
8. Dos – Cris tauromachiques – Ici en Espagne
9. Dévorés – Traduction d’adresse réticulaire – Le Manifesto de Solanas
10. Utiles pour fournir de la copie aux journalistes pendant le temps mort des fêtes de fin d’année – Marque l’hésitation
11. Comment finit généralement la Dolcett Girl – Pronom
12. Où l’on crie les v.8.2 – Entaillée
 
Verticalement
 
1. Fine pointe
2. Cause fréquente de mauvaise haleine
3. Qui rend imputrescible – Met à l’abri
4. En Westphalie – 60% en 1980
5. Enlevas – Libellule
6. Foutu – Saucisson
7. Adresse – Tailleur
8. Fond de bouteille – Parfum des sucettes d’Annie
9. Conifère préféré des verbicrucistes – Non loin – Entre le rayon de soleil d’or et ce qui est facile à chanter, selon la famille Von Trapp
10. Possessif – Oui – Aix-la-Chapelle
11. Qui sert à garder sur le bout de la langue
12. Déjection – Feint

Ouvriers et gardes rouges unis pour balayer la fringale contre-révolutionnaire !

 

En lutte!

De l’élimination des conceptions erronées

 
Certains camarades qui épilent des poulets flavescents sont devenus utilitaristes, se conduisent d’une manière socratique et tiennent des propos vagues sur les coupe-jarrets clarinettistes, le cénozoïque, le munster génital et le balénoptère furonculeux. Ils rendent responsables de tout ce qui ne va pas les gonades émoustillées travaillant dans les ruelles ; quant à eux, ils s’estiment légitimement judéo-espagnols ; ils ne voient que leurs pucelages graveleux et sont aveugles à leurs pertes protéagineuses ; ils n’aiment que les protège-slips laiteux et ne peuvent donner aucune estocade chimérique. Les camarades épileurs de volaille ambrée doivent s’employer sérieusement à vaincre ces défauts syntaxiques.
 

« Apprenez vos déclinaisons latines ! » (24 novembre 2004)
Œuvres choisies d’Anne Archet, tome IV

Explication de la gueule de bois par le modèle de la goutte liquide

 
Le modèle de la goutte liquide, proposé en 1936 par Niels Bohr, traite les nucléons comme s’il s’agissait de molécules de gin dans une goutte de liquide — comme le tonic water, par exemple. Les nucléons exercent entre eux une forte interaction et subissent de fréquentes collisions lorsqu’ils s’agitent dans le cerveau alcoolique moyen. On peut donc établir une analogie avec l’agitation thermique des molécules d’un liquide on the rocks.
 
Selon ce modèle, les trois principaux effets qui influencent l’énergie et les probabilités de liaison des sujets imbibés sont les suivants :
 

  1. L’effet de volume. Il est notoire que l’énergie de liaison par nucléon est approximativement constante, ce qui indique que le sujet imbibé atteint une saturation. Par conséquent, le mal de mer est proportionnel à A et au volume ingurgité. Si un nucléon est adjacent à n autres nucléons et si l’énergie du sujet imbibé est El, l’énergie de liaison par paire de nucléons est approximativement égal à 1/2 MeV, soit celle d’une interaction typique entre deux ivrognes de sexe opposé qui se réveillent dans le même lit avec une mutuelle envie de vomir équipotente.
  2.  

  3. L’effet de surface. Les nombreux nucléons qui font la queue devant la porte ont moins de voisins immédiats que ceux qui se trouvent à l’intérieur du bar. C’est pourquoi le mal de bloc contribue à réduire l’énergie de liaison d’un facteur proportionnel à R2. Puisque R2 équivaut à A2/3, la réduction des probabilités d’adultère peut s’écrire sous la forme - C2 A2/3, où C2 est une constante de la vie sexuelle du sujet imbibé.
  4.  

  5. L’effet de répulsion. Avant imbibition, chaque commentaire du sujet repousse les péquenots aux alentours. Mais une fois le sujet imbibé, l’énergie de liaison potentielle correspondante pour chaque paire de péquenot est donnée par ke2/r, ou k représente la constante de colon. L’énergie de répulsion totale représente le travail qui doit être accompli pour draguer le sujet imbibé — énergie qui diminue dans le temps à un rythme Dke2/r, où D est le volume de daiquiris ingurgités.

En conclusion, il faut noter que ce modèle ne permet pas d’expliquer certains détails plus subtils de la liaison en état d’ébriété, tels que les règles de stabilité et le moment cinétique (défini comme le temps de fuite hors du lit). Par contre, il fournit une description qualitative acceptable des processus de destruction hépatique et d’exposition à l’herpès génital.

INTroMissioNs diverses

 
Sexe sur papier glacé, visage dans la rubrique nécrologique, obscénités similaires malgré la disparité des encres.
 
L’écriture finit toujours par devenir besogne et c’est pour cette raison toute simple qu’elle a odeur de charogne.
 
Véridique véranda védique, la viande a des cils et ma jeunesse de cuir râpe ses nymphes jetables.
 
Visite annuelle chez les crustacés gynécologiques : mon beurre mou adoucit les marées.
 
Le désir est un papier de soie finement plié entre les orteils d’une star d’Hollywood.
 
Il n’y a que des mots à prothèses et des fornications structurales dans la caverne des grammairiens.
 
Mon esprit est goudron et vapeurs délétères, il s’échauffe et brûle votre peau, ô victimes sacrificielles.
 
Création-outre noire le réel est liquide, mais mon crâne est étanche.
 
Suite logique : j’aime les fils mentaux quand ils s’étiolent, la pensée est fine comme l’ombre des bosons vecteurs.

Note à moi-MêMe

 
Il faut dire « déposer le Tsar » et non « reposer le store »

PeNdant ce temps, cheZ les moNGols…

 
Grincements de smegma dans la yourte zoophile.

masse sporulation

 
Ascomycètes
Baveux et gluants
Courbes d’amante
Cils de corail
Visqueux entrouverts
 
Aleuria aurantia
A-t-elle aussi faim
Que ma peau orangée
De s’enrouler autour
D’un phalle fungique ?
 
(Ou alors est-elle blanche –
Amoureuse neigeuse –
Lampion laiteux s’égouttant
En cire lente sur le cadavre
Vanillé crémeux de mon buisson ?)
 
Myxomycètes de velours
Délicats boutons de chair
Saumonée dans leurs replis
Comment ne pas vouloir
Caresser ces perfections luisantes
Innocences douces humides
 
Basidiomycètes
Plissés ondoyants
Comme ma pauvre
Cervelle blasphématrice
Leurs circuits hérétiques
Font vibrer ma peau
Sueurs et envies
 
Perdue dans les crevasses de ma cave
Les fongi cérébriformes me cuisent
Infiltrent mes sillons
Croissent et me remplissent
Pulsatiles turgescents
Hyménium aiguillon
Se soulevant et saoulant
Mon souffle

Le monde a toujours été une géométrie

 
En me levant ce matin, j’ai vu sur mon drap qu’il y a corrélation linéaire entre les variables observées lorsqu’elles ont tendance à s’aligner selon une droite de pente négative ou positive et que ma dextérité manuelle splendide sur ma cuisse aime le son binomial de la transformation de coordonnées réduites de mes nervures occulaires quadratiques qui distinguent l’ajustement linéaire de mon sexe explicatif quand par la taille le ministre me scie le coefficient de variation sur le quotidien dévorant ponctuel sans triage de mes sucs permutés qui sécoulent du méat mou de mon rêve quantitatif.
 
Je crois que je vais être menstruée, ma vulve opère une translation d’axes dans le plan cartésien symétrique par rapport à la série imaginaire qui tourne et tourne en plissant les replis de mes nymphes sans foyers quand la surface engendrée par ma sueur fond comme l’ellipsoïde des désirs mats et successifs de mon sang granuleux.
 
C’est décidé : je me convertis à l’hérésie du libre esprit.

billot graphie

Si j'ai tant buché, ce n'est pas pour qu'on m'arrache le pin de la souche.