La Gazette endocrinienne

« Je préfère encore baiser mon doigt. »

janvier 2011

Huit moins six deux

Camarades c’est au peuple de saisir la géographie suicidaire que les femmes bien nées cuisent dans un wok bitumineux LA PEUR A CHANGÉ DE CAMP à cheval sur le fil du couteau coïtal ma mère expulse de sa matrice des charcuteries familiales qu’il faut baptiser avec un bidon d’essence et une allumette un gâteau creux qui contient des jambes tronçonnées gainées de soie kretzmuque foutus astérisques gravés au fer rouge sur mon clitoris fromager que j’exhibe devant la classe voilà mon flux menstruel livré pour vous LA PEUR A CHANGÉ DE CAMP sauce à l’ail une pharmacienne anthropophage cachée dans les replis du prépuce institutionnel d’Ernest Cormier glavragique finanstère chestante le poltron d’épice souffre de désordre épilatoire LA PEUR A CHANGÉ DE CAMP dans la rue les hommes sont debout ivres de désespoir — mais pourtant debout leur sueur leur salive est corrosive elle dissout les statues deux minutes avant la nuit.

Bois mort

Je suis de retour [sans faire de bruit].

Besoin étrange de crier les lèvres closes. Je ne suis pas malade Je suis la redoutable Martha « Calamity» Jane Canary reconvertie en infirmière. Depuis le début de 1878, je me consacre aux victimes de l’épidémie de variole qui décime le Dakota du Nord. Je t’en supplie, fais vriller ta langue sur mon anus Je bois comme un homme Je jure comme un homme mais je pleure parce que j’ai mal comme la gamine que je ne devrais plus être Je monte à cheval toute nue avec le doigt rivé sur ma gachette. ARMÉE D’UN GODE HYPODERMIQUE, j’attaque les trains avec la bande de Wild Bill Hickock et je ramasse des fonds pour l’orphelinat des petits aveugles onanistes en faisant des stripteases dans le wasabi avec ma cousine UNION CARBIDE.

Je vais mourir et je m’en fous je vais mourir et je m’en fous je vais mourir et je m’en fous je vais mourir et je m’en fous je vais mourir et je m’en fous je vais mourir et je m’en fous je vais mourir et je m’en fous je vais mourir et je m’en fous je vais mourir et je pleure.


La DouChe

Mes compagnes de cellule m’ont déjà  raconté l’histoire de cet homme qui disparut un jour dans sa douche. Il jouissait avec indolence des sensations que lui procurait son pommeau de douche fabriqué en Chine qui massait son crâne comme une putain thaïlandaise de douze ans qu’on a placée au bordel pour subvenir aux besoins de sa famille nombreuse. C’était si bon qu’il en oublia de sortir.

En fait, il n’avait plus la moindre idée d’où il pouvait bien être — possiblement parce que la porte de la douche Était vitrée. Pendant un bref moment, il crut être assis à  la table d’un café viennois en 1903, ou encore dans une cabine de l’Orient Express en 1912. Ensuite, il crut avoir été projeté dans un futur lointain, où les portes de douche vitrées ont toutes la texture de milliers de vers grouillants. Cette pensée le terrifia; il se tourna comme un danseur ivre et se mit à  crier. D’où venait toute cette eau? Une voix étrange criait sans arrêt «cage aux tigres» dans sa tête. Tout était clair, limpide : il était prisonnier d’un camp de rééducation cambodgien. Bientôt, les sangsues vinrent sucer le sang de ses oreilles, de son cul et de son pénis. Il avait beau hurler de toutes ses forces, sa voix ne portait pas; elle était retransmise sur les ondes d’une vieille radio à lampe qui transformait ses phrases en mots incohérents et en slogans publicitaires pour des produits d’hygiène féminine. Peut-être était-ce la fin des temps, peut-être était-ce un monde étrange, par delà  l’Apocalypse, où le vent et la pluie formaient des stries sur le corps des suppliciés, vitrifiant les corps et les transformant en nutriments poudreux.

Puis il mourut. Il se ratatina sur le tapis de caoutchouc fabriqué en Chine à motif de poissons bicéphales qui tapissait le fond de sa douche. L’eau courut sur ses lèvres et ses yeux, suivant une étrange géographie, entraînant avec elle sang et salive.

Ce liquide fut plus tard ingéré par des micro-organismes qui eux-mêmes alimentèrent le plancton qui fut avalé par un poisson qui fut attrapé puis servi à un individu nommé Jean-Sébastien Lamarre qui, après avoir dégusté la peur de l’homme à la douche, embrassa son épouse, pris son fusil de chasse et partit abattre au bureau du chômage tous les individus dont le prénom commençait par «J».

Quant au tapis de douche, on le plaça au mausolée de Lénine dans une vitrine spéciale pour le conserver tel quel, avec sa crasse et son mildiou; on le vénère depuis comme une relique, qui attire annuellement plus de visiteurs que la Joconde, Graceland, la tour penchée de Pise et l’Église du très-sain-prépuce réunies.

DéfiNitioNs caNcéreuses

(Tirées du Dictionnaire de la pétroleuse nymphomane)

CANCER n.m. (mot lat., crabe) Tumeur maligne causée directement par tout ce qu’on peut manger, toucher ou respirer dans une société industrielle avancée. Aussi connu sous le nom de consolation du tiers-monde.

CHIMIOTHÉRAPIE n.f. MÉD. Pacte faustien que la cancéreuse signe de son sang avec la médecine pour obtenir un sursis de quelques mois en échange de ses cheveux et de son sens de l’humour.

HÔPITAL n.m. (lat. hospitalis) Hôtel glauque aux chambres déprimantes, au menu exécrable et au service d’une courtoisie toute spartiate. Malgré l’absence de piscine et de piano bar, certains clients ne le quittent jamais.

RAYONS X n.m (lat. radius). PHY. Outil diagnostique servant à la fois à détecter les tumeurs malignes et à en créer de nouvelles pour les prochains examens.

RÉMISSION n.f. MÉD. Lorsque le cancer, à l’instar de René Lévesque, vous dit la larme à l’oeil : « Si j’ai bien compris, vous êtes en train de me dire à la prochaine fois.»

Arcane sans nom

(Googlemancie)

Ô toi Google, toi qui détiens les secrets de milliards d’incarnations, dis-moi…

Pourquoi suis-je obligée de mourir si jeune ?
Tu es qu’une fille sans cœur , je ne voit (sic) pas pourquoi il serait mieux avec toi , non ?

Qui fermera mes paupières au dernier moment ?
Tu te retournes dans cette dernière nuit où tu frissonnes, c’est la fin de notre moment, le début d’un souvenir qui durera pour moi l’éternité.

Ai-je raison de craindre d’être avalée par le néant ?
Du fouet de la langue, tu seras à l’abri.

Suis-je la seule à pleurer la nuit devant l’absurdité de l’existence ?
Quelle maison n’a jamais pleuré. Un enfant.

(Sans nom.)

Qui se souviendra de moi après qu’on ait fini de pleurer ma mort ?
Moi je l’aime bien ce bruit. Il enlève à moi la douce mélancolie d’être ici.

Y’a-t-il de l’amour en ce monde pour les mécréantes anarchistes et dépravées telles que moi ?
Tout le monde il est choqué et tout le monde y va de sa déclaration d’indignation.

DéfiNitions âgistes

(Tirées du Dictionnaire de la pétroleuse nymphomane)

VIEILLISSEMENT n.m. Phénomène naturel réputé pour apporter la sagesse que l’on tente désespérément de ralentir par tous les moyens en Occident.

BÉBÉ n.m. (onomat.). 1. Lorsque prononcé « bébé », un assemblage de fonctions corporelles diverses et odorantes qui fait la joie de ses parents. 2. Lorsque prononcé « beubé », un assemblage de fonctions corporelles diverses et odorantes fort différentes qui fait la joie de des camionneurs et des ouvriers de la construction québécois.

PRÉNOM n.m. Nom particulier choisi et ajouté au patronyme par des parents modernes et à la mode qui, en nommant leurs rejetons Megan ou Samuel, ne se doutent pas une seule seconde qu’ils créent les Ginette et les Roger de la prochaine génération.

ENFANCE n.m. (lat. infantia). Période de plus en plus courte qui va de la naissance à la première arrestation pour possession d’armes ou de drogue.

SURDOUÉ adj. et n. Se dit d’un enfant dont le seul talent manquant est celui de cacher les siens à ses parents exagérément ambitieux.

ENFANT INTÉRIEUR n.m. L’esprit de notre jeunesse que nous enfouissons tous dans notre psyché en vieillissant et que nous devrions tous écouter, si on se fie aux ouvrages de psycho-pop à la mode. À ne pas confondre avec cette petite voix intérieure qui nous dit « Cette histoire d’enfant intérieur, c’est bidon ! ».

PUBERTÉ n.m. (lat. pubertas). Âge où l’être humain abandonne son génie pour commencer à répandre ses gènes.

ADOLESCENT,E n. (lat. adolescens). Créature aux proportions peu harmonieuses mue par les hormones, souvent frappée par des éruptions cutanées et consacrant le plus clair de son temps à de multiples activités qui ont en commun d’exiger peu d’effort intellectuel. Bref : l’animal humain dans son état le plus répandu.

JEUNESSE n.f. Époque trop brève où la carrosserie humaine est dans un état impeccable, sans marques, égratignures, rayures, bosselures ou signes de corrosion. État édénique vénéré par les ménagères ménopausées portant des survêtements de sport en coton ouaté et les messieurs ratatinés arborant des moumoutes mal assorties à la couleur de leurs sourcils. Paradoxalement, ceux et celles qui jouissent d’un tel privilège sont généralement trop superficiels ou torturés pour l’apprécier.

BABY BOOMER n.m. (anglic.). Membre de la génération d’après-guerre, dont l’enfance a été marquée par l’âge d’or de l’apparition de la télé dans les foyers et dont la vieillesse sera probablement marqué par l’apparition des foyers de l’âge d’or dans la télé.

VIEILLARD n.m. Personne vaguement respectée pour son âge et sa sagesse, mais qui n’est réellement admirée qu’au moment où elle arrive à ressembler et à se comporter comme un jeune.

SÉNILITÉ n.f. Effacement graduel du tableau noir mental avant que l’école soit finie. Début des grandes vacances.

La légende du roi muet

Cher journal,

C’était un pays lointain et exotique, qui ressemblait à Mascouche, mais en plus tropical. Ce pays était gouverné par un roi aussi puissant que colossal, un souverain terrible devant qui tous se prosternaient. On se présentait chaque matin pour l’adorer et pour lui faire des offrandes, lui qui se présentait comme le fils immortel de la déesse mère. En tant que dieu vivant, il jouissait d’un droit de vie ou de mort sur ses sujets. Absolument tout dans le royaume lui appartenait, du moindre grain de blé à la rosée qui perlait le matin sur les pétales des amaryllis, de la poussière des routes soulevée par le mistral aux larmes de joie des jeunes filles après l’amour. Le roi était l’unique propriétaire de tout ce qui pouvait être vu et touché, être travaillé et mis en valeur, être dégusté et aimé.

Ce roi était si puissant que personne n’osait jamais lever les yeux sur lui, la plupart du temps, il restait caché, tout occupé qu’il était à ses délassements divins. Il transmettait ses ordres et son bon plaisir par l’entremise d’une immense statue qui trônait à l’entrée de son palais. Le son de sa voix majestueuse retentissait, comme un tonnerre assourdissant, de la bouche de pierre et tous se massaient, chaque matin, pour s’informer des désirs du souverain, des nouvelles lois et obligations qu’il fallait dorénavant respecter.

Or, un doux matin d’hiver, la statue s’est tue.

On a d’abord cru que le roi n’avait rien à dire ce jour-là — ce qui était possible, même si ça n’était jamais arrivé auparavant. La populace demanda aux ministres et aux prêtres d’expliquer ce silence, ce qu’ils firent de façon bien peu convaincante. « Notre dieu et maître se repose », disaient-ils, « Il est malade », ajoutaient-ils, ou encore « Il n’a pas de désirs à nous communiquer pour l’instant ». Mais en réalité, il n’en avait pas la moindre idée. Après tout, il y avait si longtemps qu’ils n’avaient vu Sa Majesté de leurs propres yeux…

Après une semaine de silence, le grand prêtre et premier ministre du royaume déclara que dorénavant, la voix du roi ne pourrait dorénavant être entendue et interprétée que par les prêtres qui, après tout, sont les plus éduqués et les plus aptes à comprendre les volontés divines. Cette proposition fut accueillie très froidement par la population. « Pourquoi les prêtres seraient-ils les seuls à pouvoir interpréter les désirs de la statue, alors que nous avions l’habitude de recevoir directement ses volontés? » se disaient les ouvriers, le soir à l’heure du tabac. « Pourquoi ces hommes nous imposeraient ce qu’ils comprennent de la pensée divine alors que nous avons toujours eu de meilleures oreilles qu’eux? » objectaient les lavandières en revenant du ruisseau.

On se rendit compte bien vite que chacun avait sa propre idée de ce que la statue pouvait maintenant murmurer de sa voix inaudible. Les mendiants entendaient le roi leur dire qu’ils pouvaient se servir sans payer au marché. Les gitons, quant à eux, disaient à qui voulait l’entendre qu’ils avaient dorénavant le droit d’aimer les sujets du sexe de leur choix. Les paysans juraient avoir entendu la statue leur dire de cultiver ce qu’ils voulaient et de l’offrir pour rien à ceux qui en avaient envie. Même les serviteurs du temple étaient convaincus d’avoir entendu leur souverain de tout abandonner pour jouer de la viole à archet et écrire des quatrains dodécaphoniques.

En peu de temps, la situation échappa au contrôle de la caste prêtres, qui auraient bien aimé en profiter pour consolider un pouvoir qui avait toujours été bien aléatoire et incertain du temps que la statue s’exprimait encore de façon claire et audible. Incapables d’imposer leurs propres interprétations des volontés divines et craignant qu’on leur fasse un mauvais parti, la plupart d’entre eux fuirent le pays pour ne jamais revenir. Les autres se résignèrent à leur triste sort et choisirent un métier plus utile, comme contemplateurs de nuages ou dessinateurs de marelles.

Quant aux sujets du royaume, ils continuèrent à craindre et à vénérer leur roi muet, propriétaire de toutes choses et maître de tous les corps. Étant tous autant qu’ils étaient habilités à interpréter par eux-mêmes les paroles inaudibles de la statue, ils constatèrent avec stupéfaction que les désirs du souverain coïncidaient systématiquement avec les leurs propres désirs. Ils se mirent donc à agir selon ce bon vouloir qui était aussi le leur. Sans surprise, le domaine royal — qui ne leur appartenait pas, mais dont le roi leur ordonnait de jouir — se mit à prospérer, assurant à tous miel et lait, chemise et abri, rire et affection.

Et chaque soir, la statue du roi contemplait, dans une muette satisfaction, les corps mordorés s’aimer jusqu’au crépuscule.

MORALITÉ: Au pays des aveugles, le silence est d′or.