Je suis de ces personnes qui s’ennuient facilement. J’arrive assez difficilement à rester oisive. L’attente est pour moi une torture innommable. Or, ma vie, comme celle de tous mes contemporains, se résume bien souvent à ces temps morts, inutiles, jetables: attendre l’autobus, attendre au guichet, attendre sa consommation, attendre son chèque, attendre qu’on nous appelle, attendre son tour, attendre le messie, attendre, attendre, attendre. Chaque seconde consacrée à l’attente est pour moi un vol, on me dépouille de ma vie, si cruellement courte.
Pour me donner l’impression que je ne suis pas flouée de mon existence, j’essaie de consacrer tous ces temps mots à l’écriture. Mais n’ayant pas toujours un carnet à portée de la main, je me rabats sur ce que j’appelle les « papiers de fortune »: prospectus, napperons et serviettes, paquets de cigarettes vides, et autres rebuts de papier que notre société consumériste produit à foison. J’y écris frénétiquement des textes courts, spontanés, laissés généralement sans titres. Lorsque le temps mort prend fin, je les oublie dans mon sac et retourne vaquer à mes occupations. Vient un jour où mon sac déborde de vieux papiers froissés; je fourre pèle-mêle dans des boites à chaussure que je range sous mon lit, pour ensuite oublier jusqu’à leur existence.
En présentant ces quelques textes, ma démarche s’apparente davantage à l’archéologie qu’à la littéraire. J’ai exhumé un échantillon infime de ces papiers de fortune pour les retranscrire, dans l’état où ils se trouvent, sans tentative de correction ou de réécriture. Seul le titre a été ajouté, lorsqu’il n’existe pas déjà. Chaque texte est précédé d’une description physique de son support, qui est selon moi indissociable du texte, puisqu’il contribue à décrire le temps mort qui l’a engendré.
Je vous prie donc d’aborder ces papiers de fortune en les prenant pour ce qu’ils sont, des fragments d’épaves de moments fugitifs.
Anne Archet, août 2000
Je veux lire
Texte rédigé à l’endos d’un prospectus annonçant une « soirée body painting »
Léo
Léa
Léo et Léa
Le camion de Léo et Léa
La radio de Léo et Léa
Léa est l’amie de Léo
Léo est l’ami de Léa
Léa a la balle et le bâton de Léo
Léo a la poupée et la bicyclette de Léa
Léo a pelé la poire
Léa boit du lait
Léo et Léa ont lu le livre
La petite Léa a un tutu rose
Léa a la peau humide
Léo regarde Léa
Léa a le souffle court et rapide
Léo goûte la peau de Léa
La petite Léa a une jolie culotte
Léa caresse son minou
Le minou de Léa est une jolie petite bête
Les soupirs de Léa sont humides
Léo dépasse de son slip
Léo est bandé comme papa
Léo lèche le minou mouillé
Léa ouvre ses jambes et gigote l’index dans son anus
Léo suce les seins de Léa pendant qu’elle le branle et guide sa queue vers sa fente et puis Léo qui la pénètre d’un coup pendant qu’elle crie qu’il la met de plus en plus vite avec des clapotis visqueux plus qu’elle brame encore et oh oui et plus fort et plus profond et qu’il mord ses lèvres elle agite les jambes crispe les orteils et les ongles sur la peau de Léo et après elle jouit en hurlant et qu’il vient sur son ventre
sur sa poitrine
son menton
son nez
Le nez de Léa
La bouche de Léo
La bouche et le nez de Léa
Léo
Léa
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Mue
Texte rédigé sur une serviette de table en papier.
Ma bouche cérémoniale
Une fellation en grandes pompes
Les violons funiculaires
Ceci n’est pas une pipe
On me déplace la frontière
Le long dos impensable
J’avale la beauté
Liqueurs de problèmes fixes
Cris des canines dans la vallée
Virgule-moi l’aréole entre les doigts
Bien ficelée sous lune obligée
Compte les gouttes dans la serrure sexuelle
Dans ma robe blanche, jeunesse en tresses
Lèvres noires et jeûne des frôlements
Les pieds nus tachés de boue bleue
Masturbée d’une main les arcanes
Amant improbable
Suant le désordre et la rédemption
Je suis ta fille perverse
Ton amante cruelle sous la faux
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Comptine pour ne pas dormir
Rédigée sur un paquet de cigarettes.
Rien de plus triste qu’un petit rire triste.
Je sais compter jusqu’à beaucoup,
Parce que mes doigts sont culturistes.
Et mes crayons sont de toutes les couleurs :
Noir, noir, noir, noir, indigo
C’est l’esquimau qui escrime l’escabeau.
Rien de plus joyeux qu’un gros rire joyeux.
Je connais l’alphabet des otaries
Parce que les poteaux ont des oreilles.
Et mes cartables sont de toutes les saveurs :
Menthe, bonbon, chocolat, caramel,
C’est la belle qui épelle l’appel de la pelle.
Rien de plus sérieux qu’un mince rire sérieux.
Je sais sauter au-dessus de la lune
Parce que les moutons sont carnivores.
Et mes cahiers sont tous des menteurs :
La grande ourse, l’horloge, le café au lait,
C’est Rabelais, repus, qui ristourne les rabais.
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Pente douce
Texte rédigé sur un paquet de cigarettes
Nue dans la neige de juillet
Perdue
Éloignée des sangs verts
Complètement fist-fuckée
Par les bras froids techniques
L’horizon menstrué sous vide
Limée par un coin obséquieux
Assise dans le no-woman’s-land des âges
Avec la non-identité immobile
Vissée d’une preuve par l’absurde
L’esprit défloré dans le sang
Pinée comme un clou dans le mensonge
Au nord des tremblements
Assise au milieu de mes années noires
Le new deal des frissons pauvres
Grande dépression de la peau moderne
Au bout des nerfs, aux fenêtres
En plein calendrier
Tant s’use le temps usurier
En pente douce vers nulle part
En plein dérapage d’ardeurs
En pleine chute chaude
En plein ciel d’uranium
Donne-moi tes lèvres à boire
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Montréal Stone
Texte rédigé (très vite) à l’endos du fragment déchiré d’une affiche publicitaire
Janvier nauséeux, la rue calcifiée mouille comme une vieille salope. Buée de bouche en mal vague, la dernière chute a été vite maculée, déviergée, enslotchée, schizo-freinée… elle coule comme un Léthé granluleux-visqueux-froid dont je bois ses vomissures pour oublier l’osti d’hiver.
J’ai la raison verglaçante, le cerveau collé sur la tôle gelée de l’autobus. Nous courrons tous après notre folie – transports en commun – même si le prix de la CAM est trop élevé.
Janvier nauséeux, l’obscurité hivernale s’insinue dans mes tripes comme un pulmosirum abrasif. Le vortex absurde des jours trop courts qu’on assomme de son désespoir me frappe en plein plexus solaire et je me retrouve, pliée en deux, à mendier quelques éclats de lumière devant les bouches chaudes du métro.
Montréal stone, roc froid enseveli sous les couches de mépris non déblayées – ma logique dérape, embourbée dans ses rancunes – passe-moi tes traction-aids.
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Slogans à cloche-pied
Rédigés sur une feuille lignée arrachée d’un cahier d’écolière
identifier – réaction – explosive – personnelle – pas du tout – réflexion – domaine catastrophique – quelqu’un – invraisemblable – élimination – quelconque – couvrir la ville – la laideur des fontaines – fracas de qui? – sottises d’épiderme – réactions d’articles – les barrages lettrés – perfection critique – dire le pire – le silence des miroirs – une fille de Laval
Le ciel n’a plus de poutres
Les crochets vous fouillent
Les chairs sombres
En gros titre :
UN JOLI BAS DE NYLON IMPORTÉ DE CHINE ACHETEZ DES PILULES POUR DÉCOUDRE LA LUMIÈRE!
Au retour de l’ogre, surveillons nos ovaires, lavons nos cerveaux.
Suite incontrôlée
Rédigée au verso de « Slogans à cloche-pied »
Les corps du hasard précipité nos sels d’autopsie poétique humeur d’eau la soie des cartes dans les maisons locomotives gazeuses
La coupe du futur
Les lèvres d’images
téléphone noir amour fou cinq rêves neuf rouge reliure Borduas les pendules à la craie cherche les cloches cher savon sédatif
Huile d’applet
Modem érogène
En quelle langue le cri des villes sur la table le papier des cafés masque blanc des bains d’instants rasoir à lune elle respire
Le prix de l’avenir
La vulve onirique
Une voix qui ne veut plus dormir la meilleure à enfermer pour savoir avec nos retours les perles oxyde les liens éventuels sont sublimement arbitraires
La réalité est dépendante de la pensée
La pensée n’existe pas
La réalité est irréelle
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Le thé du crépuscule
Rédigé à l’endos d’un prospectus du « Centre zen de Montréal »
Entendu tel quel.
Une fois, le Bouddha demeurait à Srâvastî, au bosquet de Jeta, dans le jardin d’Anâthapindada.
Alors l’honoré du Monde dit aux moines:
« Vous devez considérer la forme comme impermanente. En la considérant ainsi, vous la considérez correctement. Ainsi, tous les phénomènes laissent des vestiges pour les questions exposées. La réalité ne supporte aucune condition et la naissance a pour cause le rasoir pour la suite discontinue de l’esprit mais encoche mène ponant indocile et guideau de ne rien asyndète sur générique c’est le dugon séparé moulage langue exanthémateuse auto chaise pommier femme vache pierre foule soldat fourmi alors donc si le ou ty fed jogh d frr g n i o a eeeeeeeeeee.
Voilà, moines, ce qu’il faut savoir ».
Alors les moines, ayant entendu ce que le Bouddha avait enseigné, le reçurent avec joie et le mirent en pratique.
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Koan technologique
Écrit sur le mode d’emploi de ma vieille imprimante matricielle
AUTO FEED XT 27 38 IRQ 14 (0[Cs[Ce[255) GND MBS OFF IOCHRDY SB STROBE U56 27265 DMA CLJ In2 CHANNEL POWER GOOD +5V/EPROM 411000DRAM TTL-DB15 I/O WAIT -3FFH AT DRQ0 MASTER DMA 0087 CMOS
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Cauchemar
Rédigé sur une enveloppe jaune
J'ai beaucoup décédé dernièrement.
Dans un wagon de métro vide, la machine a finalement eu le dessus. Elle se suffit maintenant à elle-même, propre, froide, dure, inaltérable, lourde, désincarnée. Faut-il s'en surprendre? Elle me parle d'une voix féminine glaciale, polie, elle me menace à mots couverts, il faut que je sorte d'ici.
Hélas un peu partout nouvelle religion mécanique bleue de rictus contemporains civilisation carrossable qui n'a plus rien à voir avec l'humanité. J'en fais partie, mon nom est 10010 10110 10001 01010 11010 01011 progress baby définitivement inhumée altérée coulée dans le silicone format standard.
Le diable a bel et bien changé de peau, mais elle est toujours froide comme celle du serpent.
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Une overdose hargneuse
Écrit de façon presque illisible à l'endos de trois étiquettes de bouteille de bière.
Les bébés tombent du ciel, c'est demain mercredi bleu pâle. La magistrature avec la rate de plomb, des clôtures à neige en forme d'odeur,
Et puis moi.
La chance de devenir moitié polyester la thermopompe aux accents politiques. Je vous rendrai visite enrichi de calcium, encore plus pratique que vos orteils et pas d'échange sur les poils d'air zébrés.
Le mode d'emploi manque de mots, les pilules ne font qu'à leur tête par vagues inoxydables, selon l'époque ou la névralgie. Pour s'habiller trois coloris couche tes monstres solubles les paupières de nos aïeux.
La rime est morte de suie; c'était entendu.
Mais pour qui jusqu'à mille avec des yeux anthropophages, la photosynthèse des carnivores s'amincit. Drap cristal sommeil de plomb qui tombe sur les lézards d'avril. Mes sens ont le sens de l'opérette, c'est l'averse des formulaires.
Espace clos les verges bouillantes; c'était défendu.
Soignez-moi en trombes de gouttes car la ouate s'allonge comme l'Inde. Soignez-moi les âges de sable, car la tête à pointes la cavité des sédentaires. Soignez-moi comme l'os désiré car devant la rue les roses des deuils. Soignez-moi, soignez-moi, soignez-moi, soignez-moi, soignez-moi, soignez-moi.
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Le est vraiment parce que la doucement
Rédigé sur un napperon de papier
L'espace du très comme un peu du
et aussi celle là
Dire que le du enfin je pense
enfin oui peut-être les le pas ou
certainement non
du quoi?
La oui vérité que ce de tous nos
très eu de ces les oui dans
un roulait si ma petit du bord
Juste tes non propositions vous
insatisfait qui de la partout du ceux
qui non pour tous des partir Sensations
du oh! si je sais que tu le de mes oui dans tous le du oh!
Perspective de et sur fond
enfilée et à en avec
chaud des oh! ceux du
possibles ces nous odorants
bustier
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De retour après la pause
Rédigé à l'endos d'un pan d'une boîte de serviettes hygiéniques
Je suis inculte, la maternelle acide fonctionne à pile. Enseignement prostitution lèche-moi! J'ai un laboratoire de bonne conscience entre les jambes, l'essayer, c'est l'adopter.
Liberté nouvelle absorbante nouvelle lune. Certains osent respirer normalement: laissez-moi pleurer tous les fluides. Traverser la rue, allonger les jambes pour que les frissons goûtent le sang. La trace est visible comme un paradigme rouge.
Les autobus s'appellent Giselle, clitoris signalant plaisir ferroviaire. Au retour: poursuivi par une digue de sphaigne qui ne sait pas jouir honnêtement.
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1999
Écrit au dos d'une facture de téléphone
J'ai mal aux utopies sale pilule cancer de la foi Saloperie à batteries la tête me fend le mou me fond et j'attends j'attends on attendait terrible on attendait qu'il se passe quelque chose des lendemains scellés sous vide bloquées mes neurones blanchis saint-chrême absurde gonflé de vent dites-moi quoi espérer
Goût fade sur le palais sevrée de tout mon filet a cédé écrapoutie dans une marre fielleuse liquide mon manifeste est organique viande rien d'autre nous sommes béats inconscients que c'est la fin de la bonne conscience la fin de la vérité rassurante dites-moi quoi espérer
Où sont les mots? les mots les maudits les damnés magnifiques les marteleurs d'espérance enfouis leurs mirages pourrissent dans les fosses communes J'ai mal à l'espoir sale drogue présent immuable statut de pierre et la syphilis dans ma tête mange ma jeunesse sans emploi et je me touche pour adoucir le supplice
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La première seconde
Rédigé sur une boîte de céréales
Westclox infernal numérique
Après son cri la chambre est vide
Quand j'émerge les yeux de farine
Les cheveux gris des crochets
L'encre des essais coule de mon sexe.
Pour comprendre la cuvette de la nuit
J'en découpe des parcelles
Je les colle sur mon front
J'ai la cervelle qui dégringole
La mue circonvolutoire
Du sable sanglant au nombril lunaire
Je suis négresse froide pour de bon
Exclue primitive quand l'heure étouffe
Dans l'escalier des tableaux.
L'outrage de la papesse minuscule
Continue d'engluer mes nuits
Avec les verres rouges qui bougent le placenta acide
Parmi les fils sans couleur
Mystère d'urine la sonnerie tyrannique.
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Thanatologie alimentaire
Écrit sur une liste d'épicerie
Les familles dégustent leurs tranches de muscles
Devant les dernières bêtises des ondes
Mastiquent des milliards de tendons surgelés
Boudin d'entrailles dans leur jus
Elles pillent les grands cimetières
Sous les néons et la musak
Derrière les comptoirs poisseux
On triture les cadavres faisandés
Pour les habiller de plastique hygiène
Sanitized for your protection
En quartiers
En rondelles
Attendri par des labourages acérés
Dans le reste gélatineux et désossé
De leur dernier souffle
Les lambeaux de peau baillent comme une chaussette usée
Sur une cuisse au gras jaune nécrosé
Fleurant la mort délice des gastronomes
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Par le nez
Écrit au verso d'un formulaire de demande de bourse
De la main droite:
Extrait de curé nos ancêtres éternels suivent les échecs ponction réelle de l'achèvement un peu plus et vous aurez patience ma mère
De la main gauche:
Clarmin s'en trouster dans la groudelle si mandarde que la trantette se youtrimbe sans stoutimur de grande glamimote encaulâtrée.
De la main droite:
Changement de cap apoplexique de saveurs à gaz car l'opération des savons noirs de bruits fait niquer les contremaîtres
De la main gauche:
Erdnerpmoc y'a neir à bouton d'osmarielle tdatdatda quel hussbuu mes mains trempent dedans ploustardeuse flantrompe.
De la main droite:
Beauté des cils ménagers que la bonne dialectique gouroute comme musique de Roberval en sucre d'homme
De la main gauche:
Floustingue! Floustingue! Floustingue jouspi d'addustaque berbinonde! Ta petite grouline me siffle l'ertide comme une kakaflaba de ventronque!
Et maintenant, sans les mains:
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Simple constatation
Rédigé sur une enveloppe
Mes orteils sont rouges car tout est noir
Je ne suis qu'une femme onirique sans voile
La larve sécrétée par la vie des saints
Ne cesse d'opprimer mon utérus hypothétique
Tous les miroirs mentent
Je suis sang-mêlé perverti
Je suis bâtarde hagarde
Laide comme une patène hépatique
Vous êtes témoins
Des vers improbables
Qu'on exige d'une jeune fille trop peu sage
Qui n'arrive pas à jouir de sa réalité
Sans se trancher le bout des doigts.
Vous êtes témoins-fauves
D'une fillette inconsolable
Camée comme une pute oblongue
Dopée comme la vrille des langues
Saoule comme une pistache excitée
Je suis seule
Si seule
Seule
Comme l'ombre à paupière des anges.
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Derniers jours
Écrit au verso d'un fragment déchiré d'affiche publicitaire
J'ai fumé mes derniers jours pour l'ascension à une autre vie de l'autre côté globes réversibles je me situe à l'inverse des gestes de la parole je me situe aux antipodes des mains quand l'air devient partial mon nom change de texture
Beauté et mystère sous les roues, l'odeur qui craque La dame qui ouvre la porte, le symbole buriné sur la joue la mémoire persistante entre les dents l'eau lourde l'agonie d'une infamie
Parler aux gens dans la rue avec un mégaphone pour les confidences au volant de leur salive il faut finir la phrase en foule. Il n'y a qu'une voiture sous les ponts sous le secret sur les cartes.
Vous qui permettez les regards la chimie administrative poursuit jusqu'au port à temps partagé l'audace herbivore se communique par les ongles, toutes faces confondues.
La bile se noircit d'un seul cri.
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Monsieur serpent
Écrit au verso d'un menu de cafétéria
Les yeux fermés sur les lumières de l'extérieur. Inversés, les visages circulent à la surface de la rétine. Venin-couleur, oeil de lézard, je l'entends depuis les nuits-éclair; il a toujours été près de moi, siffleur de révolte floue.
Devant moi, plusieurs portes. Pieds nus la neige qui fait givrer les anneaux de feu, Homme-serpent peau humide, noircies les longues veilles tremblantes. Quinze années dans le placard: comptons ce que j'aurais voulu oublier. Allons. Peurs sous le lit? Raclements dans l'arrière des cours? Monsieur serpent dans les buissons- reptile-iguane-langue-mucus-baromètre de folie calculée?
Un gun en papier pour sauver sa vie. Sauver ma vie! J'ouvre enfin les boites scellées. Cortex abandon au serpent pétrifié, à la séduction froide comme la mort, comme la folie, comme le sexe au bout des espérances, au bout de la logique. Serpent immémorial, homme qui veille et ombre qui m'éclaire depuis toujours.
Fascination à sang froid des entrailles de la terre. Babel mystique, Maison-Dieu dans les escaliers en marbre d'écailles qui mènent aux fumées antiques. Je cours je cours je cours je cours vous ne m'attraperez pas vous ne m'arrêterez pas vous n'aurez, aucun souvenir, aucune trace, sauf une odeur animale imprécise.
Et glacée.
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L'oeil rond tristesse emmurée
Écrit sur la page de garde déchirée d'un livre de poche
J'ai l'impression des jambes affligeantes dans la ville.
Alors nous irons n'importe où.
Vaguement du côté de la montagne
Évidemment pour toujours elle ne sera plus là
Dans les prisons sang de tête
Tache les murs ont des bouches grinçantes
Les caresses ont les vestiges rugueux.
Demain m'attend avec un couteau.
Demain m'attend avec un couteau d'épiderme
Un couteau dans mon verre méningivore.
Boire le dernier vol et s'écraser sur l'asphalte
Demain le chaud, le froid
Les lèvres pincées ne veulent plus vouloir.
Rien, vouloir plus, crispation des sursauts
Le couteau, c'est demain le poing levé au coin des dents.
Les pierres demandent le coup de grâce,
Les pierres de taille au fond des ruines
Qui souhaitent n'avoir jamais pu arriver.
Autour des herbes méprisantes l'érosion,
Par le destin si lourd, chez tous mes démons invivables.
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Tout est silencieux dans ma tête
Extrait d'un texte de trente pages rédigé sur du papier quadrillé
[...] Tout est silencieux dans ma tête, mais les mots filent si vite que je n’ai pas le temps de les toucher. Une table de trois chaises, du lait répandu, les éponges ronflantes, les éponges véridiques qui s’empilent dans les largeurs d’étang gelé. C’est une évidence, la mort des désirs quand on voit les arbres de cendriers, les incendies, l’huile de phoque qui lubrifie les allées antiques où tous les marteaux sont capitonnés.
Tout est silencieux dans ma tête une bouteille roule sous le tapis il va pleuvoir, c’est certain. Les champs sont minés, le coin de la rue saute à pieds joints dans la stratosphère c’est bon pour les yeux froids. Québec, ça sent l’odeur à bras de manivelle en fer forgé. Donne moi un indice je te fais une phrase en ciment deux dents de moins mais une belle médaille sans plomb diesel appuie sur le gaz mange ton burger engraisse les vaches Allo-Police pour envelopper le poisson des bancs de Terre-Neuve en chocolat bas de nylon.
Tout est silencieux dans ma tête la fin de semaine car oui j’étais fille de chienne en sarrau de laboratoire. Tu as le Grand Lac Salé sous le nombril qu’on analyse lisez tout ce que vous voyez dans les airs de Cracker-Jack plastic surprise. L’armée des imperméables logiques broie du noir. La poudre qui en résulte fait pousser des adverbes (salade verte).
Tout est silencieux dans ma tête un oeil de verre et une grappe d’arguments frappants. L’essorage s’effectue aux guichets automatiques les seringues sont molles la pâte à mâcher des impotents. Il faut savoir tenir le vrilles incrédules les souris intégrales les cartons de balles les flots sceptiques et la gourde de cartilage.
Tout est silencieux dans ma tête car les matraques constituent une excellente source de participation démocratique. Un ours polaire l’hiver est rond de bruit dans les rues trois couleurs. Les réveils-matin sont des crimes à l’humanité. Les chiens hurlent parce que les appareils électro-ménagers ne peuvent remplacer l’amour maternel.
Tout est silencieux dans ma tête et [...]
