La Gazette endocrinienne

« La plus glande gazette française d’Amérique »

La DouChe

Texte sécrété par la thyroïde
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

Mes compagnes de cellule m’ont déjà  raconté l’histoire de cet homme qui disparut un jour dans sa douche. Il jouissait avec indolence des sensations que lui procurait son pommeau de douche fabriqué en Chine qui massait son crâne comme une putain thaïlandaise de douze ans qu’on a placée au bordel pour subvenir aux besoins de sa famille nombreuse. C’était si bon qu’il en oublia de sortir.

En fait, il n’avait plus la moindre idée d’où il pouvait bien être — possiblement parce que la porte de la douche Était vitrée. Pendant un bref moment, il crut être assis à  la table d’un café viennois en 1903, ou encore dans une cabine de l’Orient Express en 1912. Ensuite, il crut avoir été projeté dans un futur lointain, où les portes de douche vitrées ont toutes la texture de milliers de vers grouillants. Cette pensée le terrifia; il se tourna comme un danseur ivre et se mit à  crier. D’où venait toute cette eau? Une voix étrange criait sans arrêt «cage aux tigres» dans sa tête. Tout était clair, limpide : il était prisonnier d’un camp de rééducation cambodgien. Bientôt, les sangsues vinrent sucer le sang de ses oreilles, de son cul et de son pénis. Il avait beau hurler de toutes ses forces, sa voix ne portait pas; elle était retransmise sur les ondes d’une vieille radio à lampe qui transformait ses phrases en mots incohérents et en slogans publicitaires pour des produits d’hygiène féminine. Peut-être était-ce la fin des temps, peut-être était-ce un monde étrange, par delà  l’Apocalypse, où le vent et la pluie formaient des stries sur le corps des suppliciés, vitrifiant les corps et les transformant en nutriments poudreux.

Puis il mourut. Il se ratatina sur le tapis de caoutchouc fabriqué en Chine à motif de poissons bicéphales qui tapissait le fond de sa douche. L’eau courut sur ses lèvres et ses yeux, suivant une étrange géographie, entraînant avec elle sang et salive.

Ce liquide fut plus tard ingéré par des micro-organismes qui eux-mêmes alimentèrent le plancton qui fut avalé par un poisson qui fut attrapé puis servi à un individu nommé Jean-Sébastien Lamarre qui, après avoir dégusté la peur de l’homme à la douche, embrassa son épouse, pris son fusil de chasse et partit abattre au bureau du chômage tous les individus dont le prénom commençait par «J».

Quant au tapis de douche, on le plaça au mausolée de Lénine dans une vitrine spéciale pour le conserver tel quel, avec sa crasse et son mildiou; on le vénère depuis comme une relique, qui attire annuellement plus de visiteurs que la Joconde, Graceland, la tour penchée de Pise et l’Église du très-sain-prépuce réunies.

DéfiNitioNs caNcéreuses

Texte sécrété par la thyroïde
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

(Tirées du Dictionnaire de la pétroleuse nymphomane)

CANCER n.m. (mot lat., crabe) Tumeur maligne causée directement par tout ce qu’on peut manger, toucher ou respirer dans une société industrielle avancée. Aussi connu sous le nom de consolation du tiers-monde.

CHIMIOTHÉRAPIE n.f. MÉD. Pacte faustien que la cancéreuse signe de son sang avec la médecine pour obtenir un sursis de quelques mois en échange de ses cheveux et de son sens de l’humour.

HÔPITAL n.m. (lat. hospitalis) Hôtel glauque aux chambres déprimantes, au menu exécrable et au service d’une courtoisie toute spartiate. Malgré l’absence de piscine et de piano bar, certains clients ne le quittent jamais.

RAYONS X n.m (lat. radius). PHY. Outil diagnostique servant à la fois à détecter les tumeurs malignes et à en créer de nouvelles pour les prochains examens.

RÉMISSION n.f. MÉD. Lorsque le cancer, à l’instar de René Lévesque, vous dit la larme à l’oeil : « Si j’ai bien compris, vous êtes en train de me dire à la prochaine fois.»

Arcane sans nom

Texte sécrété par le pancréas
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

(Googlemancie)

Ô toi Google, toi qui détiens les secrets de milliards d’incarnations, dis-moi…

Pourquoi suis-je obligée de mourir si jeune ?
Tu es qu’une fille sans cœur , je ne voit (sic) pas pourquoi il serait mieux avec toi , non ?

Qui fermera mes paupières au dernier moment ?
Tu te retournes dans cette dernière nuit où tu frissonnes, c’est la fin de notre moment, le début d’un souvenir qui durera pour moi l’éternité.

Ai-je raison de craindre d’être avalée par le néant ?
Du fouet de la langue, tu seras à l’abri.

Suis-je la seule à pleurer la nuit devant l’absurdité de l’existence ?
Quelle maison n’a jamais pleuré. Un enfant.

(Sans nom.)

Qui se souviendra de moi après qu’on ait fini de pleurer ma mort ?
Moi je l’aime bien ce bruit. Il enlève à moi la douce mélancolie d’être ici.

Y’a-t-il de l’amour en ce monde pour les mécréantes anarchistes et dépravées telles que moi ?
Tout le monde il est choqué et tout le monde y va de sa déclaration d’indignation.

DéfiNitions âgistes

Texte sécrété par la thyroïde
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

(Tirées du Dictionnaire de la pétroleuse nymphomane)

VIEILLISSEMENT n.m. Phénomène naturel réputé pour apporter la sagesse que l’on tente désespérément de ralentir par tous les moyens en Occident.

BÉBÉ n.m. (onomat.). 1. Lorsque prononcé « bébé », un assemblage de fonctions corporelles diverses et odorantes qui fait la joie de ses parents. 2. Lorsque prononcé « beubé », un assemblage de fonctions corporelles diverses et odorantes fort différentes qui fait la joie de des camionneurs et des ouvriers de la construction québécois.

PRÉNOM n.m. Nom particulier choisi et ajouté au patronyme par des parents modernes et à la mode qui, en nommant leurs rejetons Megan ou Samuel, ne se doutent pas une seule seconde qu’ils créent les Ginette et les Roger de la prochaine génération.

ENFANCE n.m. (lat. infantia). Période de plus en plus courte qui va de la naissance à la première arrestation pour possession d’armes ou de drogue.

SURDOUÉ adj. et n. Se dit d’un enfant dont le seul talent manquant est celui de cacher les siens à ses parents exagérément ambitieux.

ENFANT INTÉRIEUR n.m. L’esprit de notre jeunesse que nous enfouissons tous dans notre psyché en vieillissant et que nous devrions tous écouter, si on se fie aux ouvrages de psycho-pop à la mode. À ne pas confondre avec cette petite voix intérieure qui nous dit « Cette histoire d’enfant intérieur, c’est bidon ! ».

PUBERTÉ n.m. (lat. pubertas). Âge où l’être humain abandonne son génie pour commencer à répandre ses gènes.

ADOLESCENT,E n. (lat. adolescens). Créature aux proportions peu harmonieuses mue par les hormones, souvent frappée par des éruptions cutanées et consacrant le plus clair de son temps à de multiples activités qui ont en commun d’exiger peu d’effort intellectuel. Bref : l’animal humain dans son état le plus répandu.

JEUNESSE n.f. Époque trop brève où la carrosserie humaine est dans un état impeccable, sans marques, égratignures, rayures, bosselures ou signes de corrosion. État édénique vénéré par les ménagères ménopausées portant des survêtements de sport en coton ouaté et les messieurs ratatinés arborant des moumoutes mal assorties à la couleur de leurs sourcils. Paradoxalement, ceux et celles qui jouissent d’un tel privilège sont généralement trop superficiels ou torturés pour l’apprécier.

BABY BOOMER n.m. (anglic.). Membre de la génération d’après-guerre, dont l’enfance a été marquée par l’âge d’or de l’apparition de la télé dans les foyers et dont la vieillesse sera probablement marqué par l’apparition des foyers de l’âge d’or dans la télé.

VIEILLARD n.m. Personne vaguement respectée pour son âge et sa sagesse, mais qui n’est réellement admirée qu’au moment où elle arrive à ressembler et à se comporter comme un jeune.

SÉNILITÉ n.f. Effacement graduel du tableau noir mental avant que l’école soit finie. Début des grandes vacances.

La légende du roi muet

Texte sécrété par l'hypophyse
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

Cher journal,

C’était un pays lointain et exotique, qui ressemblait à Mascouche, mais en plus tropical. Ce pays était gouverné par un roi aussi puissant que colossal, un souverain terrible devant qui tous se prosternaient. On se présentait chaque matin pour l’adorer et pour lui faire des offrandes, lui qui se présentait comme le fils immortel de la déesse mère. En tant que dieu vivant, il jouissait d’un droit de vie ou de mort sur ses sujets. Absolument tout dans le royaume lui appartenait, du moindre grain de blé à la rosée qui perlait le matin sur les pétales des amaryllis, de la poussière des routes soulevée par le mistral aux larmes de joie des jeunes filles après l’amour. Le roi était l’unique propriétaire de tout ce qui pouvait être vu et touché, être travaillé et mis en valeur, être dégusté et aimé.

Ce roi était si puissant que personne n’osait jamais lever les yeux sur lui, la plupart du temps, il restait caché, tout occupé qu’il était à ses délassements divins. Il transmettait ses ordres et son bon plaisir par l’entremise d’une immense statue qui trônait à l’entrée de son palais. Le son de sa voix majestueuse retentissait, comme un tonnerre assourdissant, de la bouche de pierre et tous se massaient, chaque matin, pour s’informer des désirs du souverain, des nouvelles lois et obligations qu’il fallait dorénavant respecter.

Or, un doux matin d’hiver, la statue s’est tue.

On a d’abord cru que le roi n’avait rien à dire ce jour-là — ce qui était possible, même si ça n’était jamais arrivé auparavant. La populace demanda aux ministres et aux prêtres d’expliquer ce silence, ce qu’ils firent de façon bien peu convaincante. « Notre dieu et maître se repose », disaient-ils, « Il est malade », ajoutaient-ils, ou encore « Il n’a pas de désirs à nous communiquer pour l’instant ». Mais en réalité, il n’en avait pas la moindre idée. Après tout, il y avait si longtemps qu’ils n’avaient vu Sa Majesté de leurs propres yeux…

Après une semaine de silence, le grand prêtre et premier ministre du royaume déclara que dorénavant, la voix du roi ne pourrait dorénavant être entendue et interprétée que par les prêtres qui, après tout, sont les plus éduqués et les plus aptes à comprendre les volontés divines. Cette proposition fut accueillie très froidement par la population. « Pourquoi les prêtres seraient-ils les seuls à pouvoir interpréter les désirs de la statue, alors que nous avions l’habitude de recevoir directement ses volontés? » se disaient les ouvriers, le soir à l’heure du tabac. « Pourquoi ces hommes nous imposeraient ce qu’ils comprennent de la pensée divine alors que nous avons toujours eu de meilleures oreilles qu’eux? » objectaient les lavandières en revenant du ruisseau.

On se rendit compte bien vite que chacun avait sa propre idée de ce que la statue pouvait maintenant murmurer de sa voix inaudible. Les mendiants entendaient le roi leur dire qu’ils pouvaient se servir sans payer au marché. Les gitons, quant à eux, disaient à qui voulait l’entendre qu’ils avaient dorénavant le droit d’aimer les sujets du sexe de leur choix. Les paysans juraient avoir entendu la statue leur dire de cultiver ce qu’ils voulaient et de l’offrir pour rien à ceux qui en avaient envie. Même les serviteurs du temple étaient convaincus d’avoir entendu leur souverain de tout abandonner pour jouer de la viole à archet et écrire des quatrains dodécaphoniques.

En peu de temps, la situation échappa au contrôle de la caste prêtres, qui auraient bien aimé en profiter pour consolider un pouvoir qui avait toujours été bien aléatoire et incertain du temps que la statue s’exprimait encore de façon claire et audible. Incapables d’imposer leurs propres interprétations des volontés divines et craignant qu’on leur fasse un mauvais parti, la plupart d’entre eux fuirent le pays pour ne jamais revenir. Les autres se résignèrent à leur triste sort et choisirent un métier plus utile, comme contemplateurs de nuages ou dessinateurs de marelles.

Quant aux sujets du royaume, ils continuèrent à craindre et à vénérer leur roi muet, propriétaire de toutes choses et maître de tous les corps. Étant tous autant qu’ils étaient habilités à interpréter par eux-mêmes les paroles inaudibles de la statue, ils constatèrent avec stupéfaction que les désirs du souverain coïncidaient systématiquement avec les leurs propres désirs. Ils se mirent donc à agir selon ce bon vouloir qui était aussi le leur. Sans surprise, le domaine royal — qui ne leur appartenait pas, mais dont le roi leur ordonnait de jouir — se mit à prospérer, assurant à tous miel et lait, chemise et abri, rire et affection.

Et chaque soir, la statue du roi contemplait, dans une muette satisfaction, les corps mordorés s’aimer jusqu’au crépuscule.

MORALITÉ: Au pays des aveugles, le silence est d′or.

DéfiNitions psychotropes

Texte sécrété par la thyroïde
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

(Tirées du Dictionnaire de la pétroleuse nymphomane)

TRANQUILLISANT n.m. L’opium des classes moyennes, prescrit comme remède contre l’anxiété, la mélancolie, les tics faciaux chroniques ainsi que toutes les autres réactions normales et prévisibles à la vie en société urbaine et industrialisée.

CAFÉ n.m. (turc kahve). Élixir brun-noir produit en ébouillantant des graines tropicales rôties et broyées et consommé en copieuses quantités pour obtenir un niveau satisfaisant d’agitation nerveuse.

CANNABIS n.m. Plante de la famille des cannabaceae dont la fumée induit chez le consommateur une humeur rigolarde et irrévérencieuse envers les représentants de l’autorité légitime, ce qui probablement explique pourquoi sa simple possession est un crime.

COCAÏNE n.f. Alcaloïde extrait des feuilles d’un arbuste andin qui se présente sous forme de poudre dont le principal effet est de faire dilater les narines des jeunes cadres dynamiques et leur faire allonger le nez quelques années plus tard lorsqu’ils sont questionnés par des journalistes en campagne électorale.

CIGARETTE n.f. Mince tube de papier fourré de feuilles mortes qu’on fait brûler afin d’inhaler un fumée dont le seul effet est d’offrir une dose appréciable de substances cancérigènes. Accessoire indispensable depuis le début du XXe siècle pour tous les adultes émancipés et forts en gueule ainsi que pour ceux qui aspirent à ce statut.

HÉROÏNE n.f. Marque de commerce déposée de Bayer Aktiengesellschaft. Si la religion est l’opium du peuple, l’héroïne est la religion des opiomanes.

VIN n.m. (latin vinum). Jus de raisin fermenté et vieilli servant principalement à la promotion sociale de fins connaisseurs petits-bourgeois nord-américains et bêtement consommé pour ses effets euphorisants supposés par des Européens qui décidément ne comprennent rien à rien.

Scène de la vie de banlieue

Texte sécrété par les surrénales
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

DéfiNitions obscèNes

Texte sécrété par la thyroïde
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

(Tirées du Dictionnaire de la pétroleuse nymphomane)

COÏT n.m. (du lat. coire, aller ensemble). Ersatz bien insatisfaisant de la masturbation.

AMANTE n.f. Vx. Chair amie.

CUL n.m. (lat. culus). Fam. Bas de soi.

DÉFLORER v.t. (lat. deflorare). Litt. Jouer à chat-percé.

ONANISME n.m. (du n. d’Onan). S’aimer à tous vents.

ORGASME n.m. (du gr. orgân, bouillonner d’ardeur). Gag que plusieurs femmes ne comprennent pas, principalement parce que leur partenaire ne sait pas raconter une blague. Certaines font semblant de le comprendre, alors que d’autres veulent l’entendre encore, encore et encore.

PORNOGRAPHIE n.f. (du gr. pornê, prostituée, et graphein, décrire). Substitut bidimensionnel à ce qu’on ne peut ou n’ose faire en trois dimensions.

PUTE n.f. Vulg. 1. Injure lancée à une honnête travailleuse par des gens qui se vendent pour bien moins. 2. Femme échangeant des faveurs sexuelles contre de l’argent (voir ÉPOUSE) .

TRAVESTI n.m. (de l’it. travestire) Un homme se faisant passer pour le genre de femme que vous avez toujours soupçonné être un homme se faisant passer pour une femme.

UROPHILIE n.f. SEXOL. Miction accomplie.

Fig. 99

coNstaTatioNs devaNt la glace

Texte sécrété par la thyroïde
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

  1. La ritournelle minuscule est une valve caillée sur la lame végétale de mon cœur.
  2. La nièce de Satan s’est inscrite à des cours du soir; elle travaille comme standardiste à la compagnie de chaussures qui emploie des enfants dans son usine souterraine.
  3. Savoir conjuguer le verbe «falloir» à la première personne du singulier n’est pas donné à tout le monde. En fait, il n’y a que les clowns masturbateurs et anthropophages qui adoptent une phase assez liquide pour imbiber suffisamment la grammaire et ainsi accomplir un tel exploit.
  4. La charrette des lépreux a des roues de roquefort et laisse des traces vertes sur le tapis floral de ma salle de bains.

caCographie eNfiévrée sous ordoNNaNce

Texte sécrété par l'hypophyse
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

Cher journal,

La glace est mince et j’entends le bruit sourd des craquements quand passent les morts près de la lumière verte des pronoms conjonctifs. Ce qui se trouve sous mes pas n’est pas l’apaisement des sens et la félicité de l’âme, mais bien la suie des garages et l’isthme de l’alimentation famélique. Nartex de l’église immobilière, les échanges pétrifiés sont sans sel, sans signes, comme l’huile disloquée sous un sourire minéral. Ô piètre sucs de jouvence, vos scie à chairs couvrent le chant des méduses. Je suis jaune et partout m’accompagne cette odeur de formol — moi qui n’embrasse que ce qui est long et dur et fuyant comme un liquide organique coulant d’un erlenmeyer sur les pages d’un rapport trimestriel.

Tristesse liquide

Texte sécrété par les surrénales
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

Les cris ont pris fin les ondes pleureuses sont des scies jaunes CES ENFANTS ont les mains rudes comme les clients des bordels défiscalisés le musée d’encre a fondu coincé sous le postérieur plantureux des dentistes malsains qui claquent sous la lune intégrale valise enclume six doigts agiles vertige à la petite semaine qui se replie sur elle-même les noeuds sont liquides et la fin proche proche proche car certains jours j’erre les nerfs striés par le stupre la peau sans eau électrique dans l’espoir mal défini d’échapper au chapelet contribuable ou de liquider mon patrimoine en échange des spasmes partagés avec les déesses diaphanes et boudeuses oui boudeuses aux lèvres congestionnées et moites d’audace et le regard si fermé qu’on braderait les os de ses ancêtres pour un seul soupir une seule complaisance un seul geste abandonné comme un lambeau de cuir aux chiens.


Le tiTre de mon preMier roMaN

Texte sécrété par la thyroïde
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

J’écris en ce moment un roman qui, si tout se déroule comme prévu, sera terminé dans quelques mois. Il me reste toutefois à trouver un titre — quelque chose de fort, de puissant, quelque chose de vendeur. J’en ai déjà trouvé quelques-uns, mais j’ai besoin de votre aide pour choisir le meilleur.

Si vous voulez m’aider, vous n’avez qu’à cliquer sur «J’aime» ou sur «Beurk» pour m’indiquer vos préférences. Ça ne prendra que quelques minutes de votre temps et ça me rendra un énorme service !

En voici un premier :

Les coutumes locales

Texte sécrété par l'épiphyse
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

(Un autre épisode de notre série Découvrons le Québec)

Le Québec est une courtepointe de petites communautés qui ont sû conserver leurs traditions et leur originalité propre. Le visiteur est souvent dérouté lorsque, passant d’un village à l’autre, il se retrouve face à des univers profondément originaux et souvent étrangers les uns aux autres. J’en veux pour preuve ces coutumes locales parmi les plus typiques, que je vous présente ici en vrac.

À Baie-des-Sables, les écureuils dans les parcs sont trempés dans l’encre verte pour que les passants ne puissent pas les voir sur la pelouse et cessent de leur donner des arachides.

À Sainte-Émilie-de-l’Énergie, on enroule les fillettes dans des bandelettes de coton chaque lundi suivant la fête du Travail et on les envoie ainsi attifées pour commémorer la grandeur passée de l’industrie textile québécoise.

À Val-des-Monts, on enterre les vaches jusqu’au cou dans le sable tout juste après qu’elles aient vêlé pour stimuler la production laitière et ainsi permettre aux paysans de produire un fromage en grains unique au monde, la «Garnotte».

Chasse aux communistes à Grand-Saint-Esprit

Une «chasse aux rouges» traditionnelle à Grand-Saint-Esprit (1907)

À Princeville, les sous-sols des maisons sont remplis d’eau chaque premier mai pour pouvoir y élever le chevalier cuivré, un poisson très recherché pour sa chair délicate et succulente. Ils sont ensuite pêchés par les fenêtres, ce que les Princevillois appellent «agacer la boulangère», on ne sait trop pourquoi.

À Maricourt, les villageois s’installent confortablement avec leur carabine dans leur chaise à bascule dès le début de l’automne et tirent sur tous les animaux qui se présentent devant leur maison. C’est ce qu’ils appellent «faire la chasse-galerie».

À La Martre, la coutume veut que chaque garçon nouveau-né soit circoncis par la sage-femme du village. Les prépuces sont conservés dans le sel et sont ensuite frits comme des lardons et ajoutés à la «ribouèche», un ragoût dégusté le jour de Noël, après la messe.

À Grand-Saint-Esprit, on organise chaque été une chasse aux communistes. Mais comme il s’agit d’une espèce en voie de disparition — et donc protégée —, on engage des figurants à Montréal pour les remplacer et on les affuble d’une moustache postiche et d’une casquette pour qu’ils ressemblent à Staline. On leur demande ensuite de s’enfuir dans les bois et on organise des battues avec des chiens pour les attraper. Lorsque c’est fait, on les oblige à faire leur autocritique, au grand plaisir des enfants qui s’amusent innocemment à leur lancer des bouses de vache séchées.

Les ratures de la ratée

Texte sécrété par les surrénales
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

Grande prison des stigmates

Texte sécrété par les ovaires
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

Je souffre des plis vulvaires de la lune
Cicatrices argentées sur mes nymphes d’émoi
Qui grugent le bois huileux des naufrages
Et mes yeux froissés de vestale impie

Apaise ma peine de ton hymen froid
Serre contre ma nuque tes cuisses d’oubli
Tes cheveux sont des aiguilles rouillées
Dans mes bras assoiffés de sucs maladifs

Nous prierons le vide et recevrons la terre
Je vendrai ta salive aux apaches éborgnés
Pour une seconde d’éternité assourdissante
Pour un instant tragique, le souffle coupé

Le rêve n’a plus de regards, et toi,
Femme aux mille sexes armés de fer
Tu plonges dans mon esprit tes cils vacillants
Pour éclairer le ciel d’apostasies flamboyantes

Notre agonie sera pavée de marbre obscur
Assourdissante comme l’aliénation délirante
Dans la grande prison des stigmates
Refuge abyssal des corps fracassés