Un beau chagrin d’amour

Texte sécrété par les ovaires
de Mme Aa, L'Antiphilosophe

Un endroit clos pour m’oublier du monde, où les larmes apocalypsent en tombant sèches sur le sol. Un endroit obscur pour m’oublier d’elle, où les espoirs sont secs comme les corolles des défunts sans familles.

Je ne peux me résigner à sortir, la télévision inonde la pièce de sa salive visqueuse, l’air est trop gélatineux et le mouvement trop décomposé. Crucifiée sur mon fauteuil, pourquoi le messie tarde-t-il à paraître ? Les secondes sont élastiques, les lanternes ont perdu leur feu dans le froid des mots éteints à l’usure.

Le vacarme des gouttes vient rythmer la procession lente des images neutres. Une fois… deux fois… trois fois… tous les tons de gris défilent en courbant la tête. Ils viennent saluer silencieusement le néant de la pénombre émotive. Engourdie, ma peau se fige, je ne sens plus les aiguilles, les griffes et les clous souillés de souvenirs.

L’éclairage diminue de plus en plus. Près de l’écran, une femme habillée de noir me montre ses seins. Elle n’a ni visage, ni cheveux : un cri de sirène émerge de son sexe marin pendant qu’une larme vient encore mourir à la commissure de mes lèvres.